Une oeuvre poétique intitulée :
Le poète a toujours quelque scrupule à parler de lui-même car il lui semble - peut-être à tort - que ses textes seuls ont vocation à lui conférer une existence.
Aussi l’exercice auquel je vais me livrer ici n’a guère d’autre ambition que de sensibiliser le lecteur à ma démarche littéraire.
En premier lieu, il n’est pas interdit de se demander pourquoi un écrivain choisit comme outil d’expression le langage poétique.
La réponse s’impose d’emblée à l’esprit: c’est sur la matière des mots et non sur leur sens littéral que le poète construit sa singularité et par conséquent son univers.
Or celui-ci dispose d’un outil merveilleux forgé par l’habileté de devanciers géniaux: l’art de la versification.
Mais l’attachement au vers classique divise les poètes actuels et nombreux sont ceux qui au nom d’une modernité mal comprise se refusent catégoriquement à en conserver l’héritage, soit que leur tempérament les éloigne de pratiques jugées surannées, soit que leur refus de se plier à des contraintes techniques révèle en fait une incapacité notoire à maîtriser l’alexandrin ou l’octosyllabe.
Il est en effet parfois manifeste que l’affranchissement de certaines règles trahit plus des carences intrinsèques que des choix esthétiques.
Par bonheur l’exercice de la poésie repose lui-même sur des motivations plus hautes où, en dernier examen, compte uniquement le talent du poète quels que soient les chemins par lesquels il a voulu affirmer sa différence.
J’ai, pour ma part, en tout cas, fait le choix de rester fidèle à la prosodie classique dans 102 de mes textes et de m’en écarter dans les 20 suivants.
N’est-ce pas au fond une manière de demeurer libre?